TRUMP NE VEUT PAS GAGNER LA GUERRE

Trump a tout intérêt à maintenir la pression sur l'Iran pour longtemps, et voici pourquoi.

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Oui, en Europe, traitons-le de fou autant que nous le voulons, rassurons nous en nous disant que même maintenant ses plus proches soutiens le critique ; Trump a une stratégie, même si elle est critiquable. D'ailleurs, mieux vaut tenter de comprendre cette stratégie rationnelle, que de jeter le tout dans la sphère de la psychiatrie, au risque de passer à côté de quelque chose de fondamental.

Depuis maintenant plusieurs mois, les Etats-Unis ont lancé une nouvelle guerre ouverte contre l'Iran après des années de conflit diplomatique larvé. Là où Israël, le relais américain le plus influent dans la région, a permis de tester les défenses, Trump a ordonné de passer à l'artillerie lourde ensuite. Certes cela peut être simplement relié à la renaissance du paradigme de la puissance dans les relations internationales au détriment du règlement pacifique des conflits, et à la ressemblance avec des périodes historiques comme la course à l'armement au début du XXe siècle ou à l'apogée de la guerre froide. Mais ce serait ne voir que les conséquences et non les causes.

En réalité, Trump joue certes de manière brutale, mais il joue pour affaiblir la Chine à travers l'Iran. L'Iran a toujours été un pivot stratégique dans le monde. Lors de la guerre froide, sans que cela ne soit clairement exprimé, la révolution iranienne a déboulonné un régime pro-américain, au profit donc, de l'URSS. En effet, l'Iran est un grand pays, l'un des plus peuplé du Moyen-Orient et historiquement millénaire, donc relativement stable ethniquement, territorialement et politiquement. Surtout, il possède parmi les plus larges réserves d'énergies fossiles au monde. Sa situation géographique, en plus de tous les atouts que nous venons de citer, en a toujours fait un enjeu stratégique de l'influence russe face à sa problématique permanente d'accès aux mers chaudes et à l'océan. Ainsi, la république islamique est-elle devenue une épine dans le pied de l'empire américain et l'un des trois pôles d'un axe informel Pékin-Moscou-Téhéran depuis au moins les dix dernières années.




Sous les semblants d'un soi-disant échec des accords nucléaires iraniens, Trump veut simplement faire changer de stratégie les Etats-Unis. En bombardant massivement l'ancienne Perse, les US perdent certes rapidement leur stock de missile, mais ils font bloquer le détroit d'Ormuz, l'une des artères vitales du pétrole pour la Chine. Alors que depuis 2018 les US sont redevenus le premier producteur mondial de pétrole, la Chine, elle, s'est mise à accumuler d'immense réserves d'or noir. Trump n'a alors aucun intérêt à ce que le conflit se débloque rapidement, au contraire : il échange des missiles contre du pétrole chinois. En l'état actuel l'un est reconstituable, même à un coût important, l'autre non. Et tant pis si l'Europe pâtie d'une famblée des prix, elle n'est pas au centre du jeu.

En somme, Trump met hors de combat un allié de son ennemi principal, tout en mettant la pression sur les stocks d'énergie fossile de ce dernier. Certes la Chine consomme pour 59% du charbon, mais si elle veut envahir Taïwan, il lui faudra toujours du pétrole pour ses bateaux et ses chars. A voir maintenant, à l'avenir, si le coût en réputation diplomatique des Etats-Unis en vaux la chandelle face à la bonne image de stabilité que gagne la Chine à l'international.

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