2024 : La nouvelle guerre mondiale ?
Peu de temps après s’ensuivait le pic du pétrole conventionnel mondial en 2006, suivi de la crise financière de 2008, plus grande dépression depuis celle de 1929.
2009 a vu alors la naissance d’un axe anti-américain avec notamment la création du groupe des BRICS, pays se disant « émergents », en opposition aux pays déjà développés, même si en réalité cette nomenclature ne se referrait qu'au taux de croissance, car la Russie partie à ce nouveau groupe était déjà depuis longtemps industrialisée et considérée comme pays du « Nord » (sphère des pays les plus riches du globe, sans connotation purement géographique puisque l’Australie en fait partie, en opposition au Sud). Depuis, les évènements se succèdent qui augmentent les tensions entre Etats-Unis et leurs alliés et trois pays eurasiatiques en particulier.
Les années 2010 ont vu l’affirmation de ces émergents face à l’Occident. Xi-Jiping prend le pouvoir en Chine en 2013.
En 2014 est créé la Nouvelle Banque de Développement, organisation internationale économique siégeant à Shanghai se plaçant en opposition au FMI à Washington. C’est également l’année de l’annexion de la Crimée ukrainienne à la Russie par un Poutine qui affirme de plus en plus sa voix.
2016 voit les relations entre la Chine qui s’affirme et Taïwan qui opte pour l’indépendantisme, se dégrader de nouveau après 40 ans de rapprochement.
En 2018, les États-Unis dénoncent les accords de Vienne sur le nucléaire iranien. S’ensuit en 2021 l’entrée de l’Iran dans l’organisation de coopération de Shanghai.
Depuis 2022 : la Russie envahit à grande échelle l’Ukraine, la Chine viole l’espace aérien et maritime Taïwanais, l’Iran attaque Israël directement ou non.
Ce que l’on peut déceler dans cette évolution des relations internationales c’est la convergence progressive des intérêts de trois pays d’un bloc eurasiatique.
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| image issue de wikipédia représentant la théorie du Rimland. |
Le centre du continent eurasiatique, ce pivot géopolitique du monde, comme le théorise les premiers géopoliticiens avec le "Heartland" et que reprend par exemple Brzezinski dans sa théorie, constitué aujourd’hui par la Chine, la Russie et l’Iran, semble attaquer de concert sur trois fronts de la ceinture du « containment » américain hérité de la guerre froide mais visiblement toujours utile : en Europe, au Moyen-Orient et en Asie de l’Est.
Pourquoi une telle dispersion d’efforts ? Il ne s’agit pas en fait de se disperser, car un trop grand effort sur une seule zone très limitée serait improductif. Au contraire, utiliser le maximum des forces pour attaquer en différents points les plus proches de ses propres lignes d’approvisionnement permet de disperser l’effort américain et à des lieux très éloignés de ses lignes d’approvisionnement. Ainsi, sur trois fronts simultanée à surveiller et soutenir, la défense américaine sur la ceinture contrôlant l’accès du grand continent à l’océan global pourrait craquer. Probablement une alliance de circonstance entre les trois pôles anti-américains, ce « bloc eurasiatique » comme nous l’appelons, a permis une certaine coordination, ne laissant pas l’enchaînement d’événements arriver de manière fortuite en l'attaque sur trois fronts soutenus par les Etats-Unis.
Cependant, il ne faudrait pas fantasmer ce bloc eurasiatique dont les trois membres ont des volontés propres très marquées. Si leurs intérêts géostratégiques convergent effectivement dans l’état actuel des choses, il se pourrait que chacun préfèrent voir le front qu’il attaque craquer le premier afin d’en prendre proprement possession. La Chine a pour ambition de devenir première puissance mondiale, et en cela elle préfère peut-être jouer la montre en accaparant des moyens de dissuasion dans la défense américaine de Taïwan, et ainsi plutôt laisser s’épuiser la Russie sur son front ukrainien en combat direct.
Quoiqu’il en soit, volonté ou non, un conflit mondial est en cours, auquel sont parties les États-Unis d’un côté et la Russie, la Chine et l’Iran de l’autre à travers trois proxies chacun : Ukraine, Taïwan et Israël respectivement.
Au vu de la proximité idéologique (anti-américanisme, multipolarité), diplomatique (organisation de coopération de Shanghai, BRICS+), politique (dictatures autoritaires) et économique (Belt and Road Initiative notamment) entre ces trois pays d’Eurasie, leur coordination semble probable.
La question à laquelle il s’agit de s’intéresser alors est de savoir, éclairer par une telle analyse de ce contexte géopolitique mondiale inédit : quelle peut et doit être la place de la France et de l’UE dans ce grand conflit à l’échelle du monde. Un conflit, qui plus est, dont des batailles secondaires se déroulent sur tous les autres continents – terrains de jeu des puissants – et dont les dimensions excèdent largement les trois seuls espaces traditionnels que sont la terre, la mer et l’air, en s’étendant aux champs immatériels, informationnels, au cyberespace ou encore à la guerre économique. Face à de tels enjeux, la France semble bien dépourvue, mais elle a de nombreux atouts qu'elle doit exploiter et, surtout, elle doit comprendre l’existence d’un tel conflit, avant de pouvoir y définir sa position.
Louis Gangloff

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